Historique de la paroisse  Saint-Amable


Relater le passé avec exactitude est impossible, la documentation étant presque inexistante, c'est donc plus au travers des souvenirs et des «on dit » que nous retraçons l'histoire des débuts... Mais Dieu sait qu'avec le temps, ces mêmes souvenirs s'estompent se transforment quelquefois et deviennent même contradictoires. L'impartialité sera donc notre ligne de conduite.

Reportons nous aux environs de 1910, Deux grandes valeurs influencent cette époque: la famille et la religion. Environ 75 familles tenant feu et lieu sont réparties sur le territoire délimité aujourd'hui par notre paroisse et que l'on appelle déjà desserte Notre-Dame de l'Espérence. Les gens d'alors trouvent pénible de parcourir plusieurs milles à pied ou en voiture, pour les besoin du culte; messes, baptêmes, funérailles et ce, beau temps mauvais temps. Ils se disent prêt et capable de faire vivre un prêtre convenablement. Ce projet mijote depuis un certain temps dans leur tête et dans leur cœur,  lorsqu'au retour de la messe un dimanche de tempête, certains citoyens plus convaincus décident de passer à l'action.

Église et Presbytère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le 15 avril 1913, le soleil est magnifique et la journée tiède. Monsieur Joseph Beaudry, paroissien, profite de ce beau jour pour apporter les premières pierres. Son exemple en entraîne une foule d'autres à faire la même chose.

En quinze jours, il se charroie 50 toises de pierre. Dans l'intervalle,
monsieur le chanoine Martin vient marquer la place de l'église. Soudain quelques mécontents se manifestent. Certains voudraient le site huit arpents plus à l'ouest. d'autres plus au nord dans le rang des «30 ». «Gens difficiles à contenter et à satisfaire» note le curé. «Ils ont demandé un prêtre... ils l'ont, une église... ils vont l'avoir. Monseigneur choisit le site le plus central possible et on manifeste du mécontentement». «Est bien fou du cerveau, qui prétend contenter tout le monde et son père...» Monseigneur  passe outre et le site de l'église est fixé... plus tard, tout le monde sera content.

Les travaux de fondations de l'église et du presbytère débutent le 15 mai. et durent cinq semaines. Monsieur Jules Goyer. maître-maçon de Montréal, en a la responsabilité. On apporte 1.950 voyages de pierres; ce qui fait 110 toises de «maçonne». Le tout est en ciment deux dans un. Le coût est de 765$. Après estimation d'un expert. il a été sauvé à peu près 680$.

Entre temps les corvées se succèdent et malgré la crue des eaux du printemps, tout le bois pour l'église et le presbytère est apporté sur les lieux par les paroissiens.

Le taillage de la charpente s'effectue sous la direction de l'architecte Laflamme de Saint-Antoine-sur-Richelieu. On emploie 40,000 pieds de bois et 50,000 pieds de planches. Notre église mesure 75 pieds de longueur. 45 pieds de largeur et le carré a 20 pieds de hauteur. Les dimensions du sanctuaire sont de 30 pieds par 28 et la sacristie 24 pieds par 26.

La construction du presbytère se fait simultanément. Elle est confiée à monsieur Sigismond Brunelle de Sainte-Julie. Commencée le 21 juillet, elle se termine le dernier jour d'octobre. La facture se chiffre à 3,200$. ((Je me suis aperçu après coup, que mon ouvrier m'avait coûté trop cher» déclare alors l'abbé Gohier.

Les travaux vont bon train. La sacristie est inaugurée le 1er novembre 1913, jour de la Toussaint... C'est une fête pour tous... Nous abandonnons notre haut d'école sans aucun chagrin... «Eh bien! nous approchons de l'église» de dire mon vieux père François. L'hiver on fait relâche... ce n'est qu'au printemps que  tout se continuera.

Le 13 juillet 1914, sous une pluie battante, monseigneur Bruchési bénit la pierre angulaire de notre église, en présence d'un nombreux clergé et de plusieurs fidèles. Le 25 octobre de la même année, par une journée très belle quoique un peu froide, c'est la bénédiction solennelle. Pour la plupart des paroissiens, c'est la première fois qu'ils assistent à une telle cérémonie. Ils en sont fort édifiés.

 

 

 

 

Leur bonheur est toutefois de courte durée... car le 8 décembre... c'est la catastrophe... L'œuvre d'une année est détruite en une nuit... «Nous étions bien dans notre petite église. Maintenant nous pleurons sur ses ruines fumantes. Il nous faut retourner à l'école-chapelle». Avec des sanglots dans la voix et tenant en main le crucifix
tordu et défiguré.  le curé très affligé s'adresse à ses paroissiens en ces termes: «Dieu nous avait donné une église, Il nous l'a ôtée, que son saint nom soit béni. Avec sa grâce et les secours de la charité, nous rebâtirons».
  Le 13 décembre, les paroissiens se réunissent. Une pensée effleure leur esprit: bâtir une chapelle temporaire. Ils abandonnent vite ce projet. Le 31 janvier 1915, ils soumettent un contrat de 10.500$. L'évêque le trouve trop haut. Le 23 mai. un contrat de 9.000$ est proposé et accepté; ceci ne comprend pas la finition extérieure. Les travaux sont confiés à monsieur Émery Vérraneault de Longueuil. Le 18 novembre. monseigneur Gauthier auxiliaire à Montréal. bénit solennellement cette deuxième église ainsi qu'une cloche. don de monsieur J. Perron, avocat et député provincial du comté de Verchères.

  En 1925. un tremblement de terre démolit les murs extérieurs de l'église; la moitié de la façade s'écroule... Le rapport d'inspection nous en donne les détails:

Monsieur le Chanoine,

Je suis allé le 25 courant faire l'examen de l'église de St-Amable et j'ai l'honneur de faire le rapport suivant: Les fondations, l'intérieur de l'église et de la sacristie sont en bon état.

L'extérieur des murs, lesquels sont lambrissés en blocs de ciment de 15 3/4" x 8" x 4" est en train de se détacher de la charpente en bois. La moitié de la façade est actuellement démolie, et le reste devra être enlevé immédiatement, vu le danger imminent.

L'extérieur des longs pans et des autres murs extérieurs est aussi en train de se détacher du carré principal.

Les blocs de ciment employés sont de bonne qualité, mais le posage a été mal fait; ces blocs ne sont pas liés suffisamment.; il y a eu des clous de posés à tous les cinq ou six rangs, tandis que chaque bloc devrait être crampé à chaque rang.

Maintenant il sont posés sur de la planche brute sans feutre; la planche est de qualité très inférieure et ne peut tenir convenablement les clous rarement posés. Des réparations s'imposent et doivent se faire maintenant.

Je suggère que ces blocs soient enlevés avec soin et posés de nouveau avec des crampes à chacun. Un double de planche embouvetée, posé sur le biais avec un feutre dit "Double Neptune" devront être placées avant la pose à nouveau de ces blocs en ciment. Les fondations en béton devront être recouvertes en ciment sur de la
latte métallique.

Le 26 septembre. monsieur Joseph Trudeau de Varennes. accepte la responsabilité des rénovations pour la somme de 3,800$ qui sera payée de la façon suivante: 1.000$ en novembre. 1.000$ en février. et la balance l'automne prochain. sans intérêt. Deux paroissiens consentent un prêt à la fabrique pour payer le premier 1.000$.

Avec un budget minime à leur disposition, les marguilliers voient à l'entretien régulier de l'église et des autres dépendances. Lorsqu'un grand ménage s'impose, tirage ou tombola s'organisent pour en combler les dépenses. Cest ainsi qu'entre 1926 et 1930, tout a été repeint... l'intérieur de l'église et du presbytère, de même que les toitures de ces deux bâtiments. À quelques occasions cependant les montants s'avérant trop élevés, on songe alors à une répartition basée sur l'évaluation municipale. C est le moyen employé lors de l'installation du système de chauffage à vapeur en août 1937, de l'électricité en octobre 1938 et du «grand réparage» en janvier 1954; celui-ci. au fait a fait couler beaucoup d'encre. Dès octobre 1949, l'abbé Rancourt convoquait une assemblée dont le but était de délibérer sur l'opportunité de faire des réparations. Il explique qu'il n'est pas question de décider immédiatement. mais plutôt de prendre les moyens de se renseigner sur la nature des réparations dont la nécessité s'impose.

 

 

    En août 1950, trois syndics sont nommés: messieurs Rosario Blain, Joseph Saint-Jacques et J. Roy Williams. Le 24 décembre 1950, il est proposé de contracter un emprunt de 40,000$. Selon une évaluation sommaire, cette somme est jugée insuffisante. Des plans plus élaborés fixent à 59,593$ le coût des réparations. S'ensuit une propagande intensive. Le 5 août 1951, le projet est renversé à 59 voix contre 35... mais ça restera le sujet de conversation pendant de longs mois... jusqu'à  son aboutissement le 10 janvier 1954. Il est alors proposé que la résolution du 24 décembre 1950 soit maintenue. Les syndics sont autorisés à emprunter 40,000$ et à signer le contrat avec Houle et Frères de Montréal. «Deo Gratias». Tout est bien qui finit bien! Notons que depuis le 20 juin, monsieur Armand Charbonneau remplace monsieur Joseph Saint-Jacques, syndic décédé.


  Quinze ans ont passé, le moment est venu de renouveler une entente pour le paiement de la balance de la dette, soit environ 20,000$. Les conditions et les taux ne seront pas les mêm.es! Mais les façons de financer ont évolué elles aussi... Les paroissiens font alors connaissance avec une nouvelle formule: Un prêt sans intérêt. Ils souscrivent 400 obligations de 50$. Chaque année la fabrique en remboursera vingt; l'ordre en sera déterminé par tirage au sort. Cette dette est acquittée depuis l'automne 1987, deux ans avant échéance.

 

  Plusieurs rénovations et améliorations ont été effectuées durant la dernière décennie. La Société Saint-Jean-Baptiste, les Chevaliers de Colomb, les Filles d'Isabelle, les Groupements unis ont tour à tour, jouer le rôle du «bon samaritain». Grâce à des subventions gouvernementales, notre église a renouvelé sa toilette; elle est propre, claire et accueillante.

Le Cimetière

  Depuis le début de nos recherches. les paroissiens ont été unanimes dans leurs renseignements touchant
la desserte Notre-Dame-de-l'Espérance. les fondateurs de la paroisse. les premiers curés. l'église et son incendie. Par contre sur la question du cimetière. les avis ont Un  été partagés. Il y avait controverse sur deux points: son acquisition et son emplacement.
  Si l'on se réfère au livret «Souvenances» ou si l'on se fie à la croyance populaire, le terrain du cimetière était un don du fondateur François Williams. Quelques-uns par contre citaient Georges Guimond comme donateur. En fait. ce n'est ni l'un ni l'autre. Un contrat signé le 28 octobre 1914 dissipe cet imbroglio. En voici quelques extraits:

A comparu: Monsieur Joseph Mc Duff, cultivateur, de la paroisse de Ste-Julie en la desserte de St-Amable. Lequel a par ces présentes, vendu un terrain situé en la paroisse de Ste-Julie, au rang "Les vingt-sept" sur la septième concession, à un endroit appelé "Le coteau", pour le prix de cinquante piastres, payé comptant. Dont quittance. Attendu que l'acquéreur achète le dit terrain pour l'établissement d'un cimetière, et attendu que Mr Mc Duff a fait une réduction sur le prix de vente, il est convenu que Mr Mc Duff aura droit pour lui et sa famille, à un terrain de douze pieds de long par quinze pieds de profondeur, à prendre dans le dit cimetière à l'endroit que lui indiquera le dit curé.

  Au sujet de l'emplacement. il serait plausible de croire que le cimetière ait d'abord été installé tout près de l'église comme le voulait la coutume. Certains disent même s'en souvenir et pour étayer leurs dires ils évoquent des inhumations devançant l'achat du terrain.

Le 30 avril 1914: Béatrix Guimond. fille d'Émery, âgée de trois semaines.
Le 6 juin 1914: Marie-Rose Williams. fille d'Auguste. âgée de deux mois et demi.
Le 15 août 1914: Adèle Williams épouse de Joseph Gemme.
Le 17 octobre 1914: Maria Donais épouse d'Hermas Comtois.


Ils ajoutent que probablement la fabrique a réalisé très vite que ce terrain à proximité de l'église était trop bas et lui occasionnerait bien des problèmes. Elle avait donc avantage à en choisir tout de suite un plus élevé. L'endroit appelé «le côteau» parut le site idéal. Il s'en trouve par contre pour nier ces avances. alléguant d'une part que le retard à passer chez le notaire était chose courante à l'époque et refusant d'autre part d'accuser les pionniers d'avoir fait un mauvais choix... Rien ne nous permet d'affirmer qui dit vrai... le doute persiste donc.
 

  Certaines notes du registre paroissial sont toutefois très précises. Les voici par ordre chronologique: «Le 11 juin 1916 à 3.00: Bénédiction du cimetière. Il est à noter qu'il pleuvait encore pour cette cérémonie. Pas chanceux à Saint-Amable pour les bénédictions solennelles»

Le 17 septembre 1916 à 3.00: Cérémonie des morts.Une vingtaine de croix en bois sont déjà érigées. Trois questions sont alors posées: Quand mourrons-nous... où mourrons-nous... comment mourrons-nous...
 
  «Le 16 octobre 1932. Plan du cimetière dressé par mon sieur Louis Drapeau. Les margdilliers le félicitent pour son excellent travail et lui offrent de se choisir un lot». Dans «Souvenances» il est noté qu'à la demande du curé Gagnon, monsieur Auguste Williams tira les lignes afin de préparer ce plan.

«Le 1er novembre 1932. Le curé réussit à faire passer le premier règlement lequel stipule que les lots de l'allée centrale et des bords de chemin seront vendus 8 sous le pied carré et les autres à 5 sous». Prévu pour un an, ce règlement resta en vigueur jusqu'en juin 1947».
  Le curé Rancourt en établit alors un nouveau beaucoup plus explicite. Une des clauses détermine qu'une seule personne à la fois peut être propriétaire. qu'à la mort de celui-ci. le lot passe à l'aîné des fils ou à défaut. à l'aînée des filles. S'il n'a aucun enfant. il a le privilège de léguer son lot à qui il veut. L'entretien annuel est fixé à 2$ payable en avriL l'entretien perpétuel est de 100$. Du 15 novembre au 15 avril les corps seront déposés au charnier. sinon un supplément sera exigé,

Les visites au cimetière sont autorisées du lever au coucher du soleil. C'est une terre bénite. les enfants doivent être accompagnés, ils doivent aussi éviter de courir, crier. cueillir des fleurs. avarier les monuments, troubler l'ordre et la paix. Chaque visite pieuse comporte une indulgence de sept ans applicable aux âmes du purgatoire»,
  «Le 23 mai 1954, le charnier situé près de l'église est alors transporté et reconstruit au cimetière».

«L'année 1959 marque un tournant dans l'embellissement de notre cimetière. Les croix de bois devenues vétustes sont remplacées par une magnifique croix de granit. Les paroissiens se sont cotisés pour en défrayer le coût.»

 «Le 13 janvier 1963. La fabrique acquiert un terrain de monsieur Aristide Comtois au coût de 500$ pour agrandir le cimetière».

«Le 18 octobre 1964, les paroissiens et quelques visiteurs forment un long défilé. Ils se rendent en procession jusqu'au cimetière pour assister à la bénédiction du Chemin de la Croix nouvellement érigé. Monsieur le curé Gabriel Martin fait d'abord l'historique de l'embellissement du cimetière réalisé grâce à la générosité de tous. Il Laisse entrevoir l'espérance d'embellir l'autre partie dans un avenir rapproché».
Échos du journal «Le Richelieu».

Durant l'été de 1970, le cimetière est la cible de vandalisme. En plus des monuments brisés, les plaques de bronze du Chemin de Croix disparaissent.

Depuis 1976. monsieur Claude Marcotte est préposé à l'entretien du cimetière. Il s'occupe du gazon, creuse les fosses et érige les bases des monuments. Ses services sont sûrement appréciés puisque son contrat est renouvelé chaque année.

Pour rehausser la troisième partie du cimetière jusque là non aménagée. monsieur Patrick McDuff offre la terre gratuitement en 1979. En reconnaissance, il reçoit un lot. La fabrique répète ce geste l'année suivante en faveur de l'abbé Lucien Côté.

«Le culte des morts est un placement» disait le curé Armand Rancourt. Les paroissiens sont restés fidèles à cette dévotion. Les nombreuses présences à la Fête du cimetière en témoignent. Du fond de leurs tombes «nos morts» nous donnent de magnifiques leçons de vie. de prudence. de sérénité et de solidarité aussi. Sachons les entendre. mais surtout les écouter... Si l'on se préoccupait dès maintenant de nos frères plutôt qu'attendre leur ultime changement d'adresse. Nous éviterions alors d'inutiles regrets.

Au 1er janvier 1988.  1.077 paroissiens nous avaient déjà quittés pour un monde qu'on dit «meilleur». Que notre fidélité et nos prières les accompagnent.

sources: Livre Saint-Amable 1913 1988 (Société d'Histoire de Saint-Amable)


 

 

Église et Presbytère actuels

Saint Amable

Né à Clermont France, Amable montre dès sa jeunesse des inclinaisons si vertueuses qu'on le juge digne du sacerdoce. Il administre déjà depuis longtemps l'Église de Riom en tant que pasteur lorsque l'évêque d'Auvergne le fait venir dans sa ville épiscopale et l'établit préchantre de sa cathédrale, puis prêtre de paroisse en Auvergne.  Il meurt en 475.  Une relique de saint Amable est conservée à Saint-Pierre-de-Roye dans le diocèse d'Amiens. On l'invoque principalement contre le feu et les serpents.

Fête de Saint-Amable : 11 juin